Le blog de la CGT des Hôpitaux du Val de lorraine

Ce blog est destiné à faire circuler l’information au sein de nos établissements tout en laissant la possibilité aux agents, sans distinction aucune, de témoigner de leurs préoccupations vécues au quotidien. Il a pour but de vous donner les renseignements utiles sur vos droits et de vous livrer les commentaires, les actions et revendications de nos représentants CGT siégeant dans les différentes instances de nos établissements. Chacun peut proposer un article ou un commentaire, mais dans le respect strict des autres.

 

Publié par Jean Christophe

À l’hôpital, les nouvelles formes de management des directions et les nouvelles organisations du travail amènent à une déshumanisation du travail. Non seulement l’institution ne prend plus soin de ceux qui prennent soin mais elle les maltraite.

Entre injonctions paradoxales (augmenter l’activité avec moins d’agents), recherche d’une rentabilité immédiate, rationalisation des flux de patients en groupes homogène de malades (GHM) et standardisation des procédures de soins, les professionnels de santé sont en grande souffrance.

Cette maltraitance institutionnelle se développe à grande échelle mais les directions adoptent la politique de l’autruche face aux difficultés psychiques de leurs salariés ou font illusion en mettant en œuvre des plans de prévention cosmétiques, sans prise sur le réel. Ainsi au CH de Pont-à-Mousson la mise à disposition d’une psychologue en temps partagé à permis à la direction de faire passer ce que le CHSCT avait refusé.

La souffrance au travail fait l’objet d’une attention croissante à cause des drames qu’elle provoque et de la dégradation du travail qu’elle entraîne à l’hôpital pour les soignants et les malades. Mais au quotidien, on assiste à un management sans ménagement (rationalisation, standardisation et mutualisation) qui sacrifie les missions sociales et humanistes de l’hôpital et débouche sur épuisement professionnel et souffrance au travail.

Les soignants refusent les organisations du travail industrielles, du type « lean management ». Les nouvelles organisations de l’hôpital public visent à faire de lui une entreprise comme les autres, au mépris de son histoire et des valeurs portées par ses agents :

  • avec la rationalisation des flux de patients par les GHM,
  • mais également par la standardisation des procédures de soins.

Le « lean management » nous propose des  « gestionnaires de lits » ou des  « gestionnaires de cas » pour « gérer les flux hospitaliers » et rationaliser les soins. La cosmétique sémantique de type « Bed manager » voulant faire novateur et efficace …

La planification du flux de prise en charge du patient ne permet pas de s’adapter à l’imprévu, alors que la résolution des problèmes rencontrés revêt un caractère crucial puisque l’activité des établissements de santé compose avec des vies humaines. L’imprévisibilité de l’évolution de la maladie et la singularité de chaque patient (réaction inattendue au cours d’une intervention…) peuvent engendrer des complications qui n’ont bien évidemment pu être anticipées.

Le travail infirmier est submergé de tâches administratives qui éloignent du cœur de métier, obligeant à suivre des règles, à respecter des procédures, à se préoccuper davantage de la traçabilité des actes accomplis (en remplissant des fichiers et en cochant des cases), que de la qualité des soins et de la satisfaction des besoins des patients soignés.

La culture de l’entraide est aussi dégradée par une procédurisation excessive : si le « lean management » fonctionne dans l’industrie automobile, au contraire à l’hôpital l’obligation de se conformer strictement aux tâches prescrites dans la journée, empêche parfois de pouvoir apporter son soutien à un collègue en difficulté.

Une grande partie des interventions de soins des unités de l’établissement dépend de la bonne circulation des informations et de nombreux événements peuvent surgir au sein du parcours des patients, conduisant le personnel à échanger et à négocier, afin de comprendre et de résoudre conjointement un problème. Principe du « lean management », la stricte division du travail nuit à la bonne coopération et au développement d’une culture de l’entraide, sur laquelle reposent les collectifs de travail.

Il faut revoir le rôle du cadre de proximité (soutien dans l’activité et aide à réguler les événements, animateur du groupe etc.), les moyens dont il dispose, la marge de manœuvre qu’on lui reconnaît, notamment l’autorité dont il bénéficie face aux médecins.

En privilégiant la maladie aux dépens du malade, on oublie toute la complexité et la singularité que l’homme introduit par sa façon de vivre la maladie, de sa tolérance aux traitements, voire de ses préférences. C’est un malade vidé de son humanité qui est ainsi soigné.

L’infirmière constitue le dernier rempart contre une déshumanisation de la relation de soin, par sa prise en compte de l’histoire personnelle du patient. Ce rempart menace cependant de s’écrouler face aux assauts de la standardisation des procédures de soins. L’éviction de l’humain apparaît comme le moyen d’accéder à la sécurité que nos gestionnaires et tutelles mesurent à l’aune d’indicateurs.

Cette dévalorisation systématique et méthodique de la part d’humain présente chez le soignant passe par celle de son expérience et de son jugement et par l’organisation de son interchangeabilité. Les gestionnaires de risque veulent réduire l’autonomie du soignant au maximum pour parvenir à la sécurité d’un système dans lequel la gestion d’indicateurs de « qualité » et de coût à un niveau collectif revient à sacrifier l’idée d’un soin « sur mesure ». À vouloir évincer l’artisan qui existe en chaque soignant pour ne garder de lui que le technicien spécialisé, on change radicalement le visage du soin. D’un rapport entre deux individus qui recherchent ensemble l’option médicale la plus adaptée à une situation singulière, on passe à une procédure dictée par des protocoles, pour contrôler des indicateurs supposés mesurer le risque ou le coût de la santé. Le soignant standard applique une procédure standard pour un patient standard.

La profession infirmière doit déjà s’affirmer dans les établissements hospitaliers parce qu’elle réalise une démarche de synthèse, indispensable pour individualiser les soins, indispensable pour appréhender l’homme en tant une personne. Déterminer les actions à entreprendre et les comportements à adopter impose une vue globale qui contredit l’analyse, découpe et isole une fonction face à cette « tarification à l’activité » et ses impitoyables GHM.

L’infirmière salariée doit faire face à la pression institutionnelle qui constitue une force réductrice, amenuisant les rôles de l’infirmière aux seules dimensions productive, organisationnelle, technique et économique, pour en faire un simple rouage d’une organisation hiérarchisée et bureaucratisée. La profession infirmière est autant marquée par la subtilité, la spontanéité, la créativité et l’intuition que par la science et la technique. D’où sa difficile reconnaissance dans un univers biomédicalisé, où les principes de gestion veulent tout paramétrer pour mieux maîtriser l’activité.

La volonté de décomposer à tout prix les soins infirmiers est aussi absurde que de penser comprendre une œuvre d’art en la décomposant en ses divers éléments. La tentation technicienne est toujours de réduire le réel au mesurable et donc d’éliminer tout ce qui n’est pas observable, tout le qualitatif, en ignorant ainsi les aspects les plus profonds de la pratique infirmière.

Le « lean management » est adapté à la production de voitures ou de boulons mais ne convient pas à une prestation de soin personnalisée car la compétence professionnelle est supérieure à la seule expertise technique.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

gisèle 16/06/2018 11:16

Les risques organisationnels du Lean Management sur la santé au travail existent dans tous les secteurs d'activité, pas seulement dans l'hopital ! : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/psychologie-du-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=163&dossid=470 …

Laurine 28/03/2018 21:31

Bonjour,

Dans le cadre de notre master QSE, nous avons réalisé un questionnaire sur le lean management : "Le lean management : gage de réussite ?" afin de rédiger un article scientifique.

Ci joint le lien vers notre questionnaire : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSewcKzybMW-zCqJw2Ydk5Zyl6JoQpL9F0VBQVIodCIQ5adA2w/viewform?usp=sf_link

Pouvez-vous prendre quelques instants pour répondre à notre questionnaire ?

En vous remerciant

CGT 29/03/2018 03:51

Vous pouvez me joindre au06 76 63 55 30
Fraternellement
Jean Christophe

CGT 29/03/2018 03:50

Pourriez vous me donner plus de détails sur votre démarche et sur qui vous êtes afin de mieux cerner votre demande et répondre au mieux à votre questionnaire qui semble plus fait pour l’encadrem. Si tel est le cas je pourrais toujours le transmettre à un cadre ou cadre sup afin d’affiner votre travail.
Meyer Jean-Christophe